Le Programme d’assistance aux victimes de Hay River (T. N.-O.) : visible, compatissant et proactif

À mon réveil le samedi 6 octobre 2007, la routine habituelle semblait m’attendre. Après m’être chargé de faire sortir le chien et d’acheter quelques denrées, j’ai soudain senti l’urgence de régler tout ce que j’avais laissé en plan la semaine, mais cette journée devait rester gravée dans ma mémoire pour une toute autre raison : une crise inimaginable m’ébranlerait tant au niveau personnel que professionnel.

Quelques heures plus tôt, le policier Chris Worden tombait assassiné dans le village de Hay River.
Dans les rues où l’on déambulait sans crainte quelques heures auparavant, je pouvais palper la crise qui s’abattait sur le village. Oui, c’était bien une crise : pleurs, effroi, confusion, stupéfaction, colère et recherche désespérée d’un sens à l’absurdité de la tragédie.

Je suis coordonnateur du Programme d’assistance aux victimes dans le petit village de Hay River, dans les Territoires du Nord-Ouest, le long du Grand lac des Esclaves à environ une heure et demie de route de la frontière avec l’Alberta. Bien qu’appréciant la beauté et la nature du Grand Nord, les habitants de ce village se savent assez près de la frontière pour profiter de presque toutes les commodités et de tout le luxe du « Sud ».

Au beau milieu de la confusion et du chagrin collectif, j’ai décidé que le Programme viendrait en aide de façon singulière aux villageois témoins de cette tragédie. Ce programme a pour mandat de venir en aider aux victimes d’un crime et d’un traumatisme au moyen de renvois vers des services, de renseignements et de soutien. Manifestement, tous les villageois étaient victimes : presque 4 000. Je me suis rendu au bureau résolu à élaborer un plan d’intervention d’urgence.

Sans tarder, j’ai communiqué avec la GRC pour offrir mes condoléances aux membres réguliers du poste de Hay River et aux policiers qui rentraient du village. Ensuite, j’ai rédigé pour notre journal local un communiqué incitant les villageois à utiliser les services offerts dans la collectivité en cas de besoin. Les événements traumatisants peuvent rouvrir des plaies et occasionner de la panique, de l’anxiété et une dépression chez les personnes ayant déjà été victimes d’un crime.

Attelé à la tâche, je tentais moi aussi de chercher un sens à cette tragédie, car je connaissais et je respectais le policier Worden. J’étais en proie aux mêmes émotions que le reste des villageois. J’essayais d’imaginer les sentiments des autres policiers que je connaissais dans le cadre de mes fonctions. Je voulais faire quelque chose, n’importe quoi pour soulager quelque peu ce chagrin. À mesure que le plan d’intervention d’urgence prenait forme dans mon ordinateur, mon rôle dans cette affaire m’est clairement apparu : « Sois visible, compatissant et proactif, me disais-je. »

Le mois suivant, je l’ai passé à mettre en œuvre mon plan d’intervention d’urgence. J’ai commencé à me sentir aux commandes. J’avais le poste, le pouvoir, la confiance et les connaissances qu’il fallait pour changer les choses! Avant que ne se termine la fin de semaine, j’avais rencontré les dirigeants scolaires, les agents publics et le directeur des programmes sociaux. J’avais parlé à des centaines de villageois, en favorisant leur saine guérison et en les invitant à demander l’aide dont ils avaient besoin. Les jours qui ont suivi, j’ai participé à des rencontres communautaires, je me suis fait très accessible, j’ai participé à une manifestation silencieuse, j’ai continué à parler à des villageois de tous âges et j’ai vu poindre la guérison de la collectivité.

Les villageois se parlaient, s’entraidaient. Ceux dont le réseau de soutien était faible demandaient de l’aide auprès de mon programme ou des nombreuses ressources communautaires offertes à Hay River. C’est alors que j’ai constaté l’utilité du Programme d’assistance aux victimes et de mon plan d’intervention d’urgence. Après tout, n’est-ce pas là le but véritable de tout programme social et l’objectif ultime de tout spécialiste des services sociaux?

Si j’ai rédigé cet essai, ce n’est pas pour me vanter. J’ai réalisé que mon programme avait joué un rôle crucial pour la collectivité au moment où elle en avait grand besoin. Mon travail consiste à venir en aide aux victimes d’un crime. Bien qu’intimidante, cette tâche a été accomplie avec brio.

Je voulais plutôt rappeler aux autres fournisseurs d’aide aux victimes que nous occupons un poste unique dans notre collectivité. Nous ne sommes pas politiciens, et notre responsabilité n’est pas aussi écrasante que celle d’un conseiller ou d’un thérapeute envers ses clients. Tout au plus pouvons-nous entrer brièvement en relation avec des gens en temps de crise pour leur rappeler trois importants faits :

  1. Premièrement, c’est pour venir en aide aux victimes d’un crime que le Programme d’assistance aux victimes a été conçu.
  2. Deuxièmement, se sentir menacé et vulnérable est une réaction humaine normale aux traumatismes.
  3. Troisièmement, on peut aller vers les autres et les aider de manière proactive à changer leur vie et à relever des défis, même inattendus.

Je suis absolument certain que le Programme d’assistance aux victimes de Hay River a bien réagi à cette crise et continue de le faire. C’est mon travail, après tout. Cependant, ma motivation et ma stimulation actuelles, je les dois à l’étincelle qu’a fait jaillir dans mon cœur l’élaboration du plan d’intervention. Le message que j’envoie aux autres fournisseurs de services, le voici :

« Soyez visibles, compatissants et proactifs. »

Ça marche vraiment!

JARED ZELDIN
COORDONNATEUR DU PROGRAMME D’ASSISTANCE AUX VICTIMES
HAY RIVER, TERRITOIRES DU NORD-OUEST

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