Comité consultatif des victimes - Région du Pacifique par Marjean Fichtenberg

En septembre 1993, un an après que mon père est décédé du cancer, je commençais enfin à m'adapter à ma nouvelle vie à Bella Coola, en Colombie-Britannique. Les choses allaient bien, j'avais un bon emploi, et un avenir prometteur attendait mes trois enfants. Puis, le week-end de la fête du Travail, j'ai reçu un appel qui allait changer le cours de ma vie et troubler celle de mon fils et de ma fille pendant de nombreuses années.

Mon fils aîné, Dennis, a été tué chez lui, à Prince George, en Colombie-Britannique, par un délinquant violent en semi-liberté. J'ai quitté Bella Coola en état de choc et avec incrédulité pour me rendre à Prince George, à 12 heures de route de chez moi. Dans un état de stupéfaction, j'ai fait les préparatifs pour que le corps de Dennis soit envoyé à Chilliwack pour les funérailles et l'enterrement. Ensuite, je suis retournée à Prince George pour rassembler ses effets, et je suis rentrée à Bella Coola.

Deux semaines après mon retour à Bella Coola, je savais que je devais découvrir les circonstances de son meurtre et comprendre ce qui s'était passé. Je suis retournée à Prince George dans le but de parler au directeur général de la maison de transition où restait le meurtrier de mon fils. Au cours de notre discussion, cet homme a prononcé une phrase qui m'a lancée dans une quête qui a duré deux ans et demi et qui devait me permette de découvrir la vérité au sujet des circonstances entourant le meurtre violent de mon fils. Cette phrase était la suivante : « J'ignorais une chose à son sujet [au sujet de l'homme qui a tué mon fils]; avoir su, il n'aurait pas eu le droit de rester ici. »

Bella Coola est une localité côtière très petite et isolée; pour cette raison, j'ai décidé de lancer une campagne épistolaire. J'ai écrit, sans exagérer, des centaines de lettres au Service correctionnel du Canada, à la Commission nationale des libérations conditionnelles et à la GRC. En réponse, je recevais soit des lettres types, soit rien du tout. J'ai aussi déposé des plaintes et fait de nombreuses demandes d'information en vertu de la Loi sur l'accès à l'information.

Après deux ans, j'ai finalement réussi à convaincre des agents du Service correctionnel du Canada, de la Commission nationale des libérations conditionnelles et de la GRC de me rencontrer en personne. Toutefois, je n'étais toujours pas satisfaite des réponses; j'ai donc décidé de me lancer dans une campagne visant à convaincre le procureur général de rouvrir le dossier et d'ordonner la conduite d'une enquête publique.

Deux ans et demi après le meurtre de mon fils, une enquête publique a finalement été menée à Prince George. De nombreuses recommandations ont été présentées à la fin de cette enquête; or, la plus importante visait la création d'un bureau d' « ombudsman des victimes » qui aurait le mandat d'investiguer sur les plaintes des victimes qui sentent qu'elles ont été traitées d'une manière injuste. En réponse à cette recommandation, le SCC , les Services correctionnels communautaires et la Commission nationale des libérations conditionnelles (CNLC) ont décidé de créer le Comité consultatif régional des victimes du SCC et de la CNLC qui aurait pour mandat de conseiller leurs organisations respectives. Le Comité a été formé à l'automne 1996.

Puisque le Comité consultatif des victimes (CCV) en Colombie-Britannique était le premier comité de son genre au Canada, il n'y avait aucun modèle à suivre pour le créer. Les premiers membres ont dû agir à titre de « révolutionnaires » pour apprendre à communiquer et à échanger les renseignements de façon efficace avec les nombreux intervenants du système. Le Service correctionnel du Canada, la Commission nationale des libérations conditionnelles et les victimes qui participent au Comité consultatif des victimes ont peut-être dû déployer énormément d'efforts pour réussir à se rencontrer, à discuter et à se renseigner les uns les autres, mais les récompenses sont nombreuses.

Les membres du Comité consultatif des victimes ont fait part de leurs expériences et de leurs connaissances relativement à la dynamique de la victimisation. Ils ont aidé le personnel du Service correctionnel et de la Commission des libérations conditionnelles à mieux comprendre le point de vue des victimes; ils ont également formulé des recommandations sur les moyens d'améliorer la façon de communiquer avec les victimes de crimes violents et de les traiter. Tous les membres du Comité consultatif des victimes s'entendraient probablement pour dire que le Comité a dû surmonter de nombreuses épreuves avant d'atteindre son plein potentiel. De leur côté, le Service correctionnel du Canada et la Commission nationale des libérations conditionnelles devaient aussi en apprendre beaucoup pour trouver le meilleur moyen d'utiliser les ressources du Comité. Or, dans ce que l'on considérait auparavant comme un gouffre peut-être infranchissable poussent maintenant des fruits. Tous ont dû faire preuve de beaucoup de patience et de persévérance, mais tous ont aussi tiré avantage de ce processus unique.

Depuis que le premier Comité consultatif des victimes a été créé il y a 14 ans, j'ai constaté que beaucoup de choses ont changé. Le Comité a présenté de nombreuses recommandations au Service correctionnel du Canada et à la Commission nationale des libérations conditionnelles, et ces recommandations ont mené à des changements positifs et à l'amélioration des services offerts aux victimes.

L'expérience m'a aidée à atteindre mon objectif, c'est-à-dire à appuyer les victimes en aidant le Service correctionnel du Canada et la Commission nationale des libérations conditionnelles à communiquer avec plus d'efficacité avec ces dernières. Elle a aussi permis de rendre un hommage permanent à la mémoire de mon fils, Dennis. Grâce à ce parcours, moi qui étais une victime, je suis maintenant une survivante.

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