Le cadeau de Bruce

Le 16 mai 2004, c’est le jour où le monde que nous connaissions a basculé pour toujours.

Ma famille avait organisé une fête-surprise pour mon 50e anniversaire. Des coups de fil frénétiques et secrets avaient été échangés, entre autres, avec mon benjamin, Bruce, agent de police à Springhill, en Nouvelle-Écosse. Il ne pouvait pas rentrer à la maison ce soir-là parce qu’il avait prévu assister à des essais de chasse avec des chiens, mais il m’a téléphoné pour me souhaiter bon anniversaire. Je lui ai dit au revoir et lui ai dit de passer du bon temps. Je n’ai pas pensé lui dire que je l’aimais et à quel point nous étions fiers de lui. Ce fut la dernière fois que je devais entendre sa voix.

Vers 1 h 30, Bruce et son ami Jason rentraient au gîte, après avoir participé aux essais de chasse avec des chiens, lorsque leur voiture est entrée en collision frontale avec un véhicule roulant à 187 km/h, conduit par un jeune homme dont le taux d’alcoolémie était de 0,243, soit trois fois la limite légale. Le jeune conducteur est décédé sur les lieux de son crime. Jason a été conduit d’urgence à l’hôpital et, pour le reste de ses jours, il devra vivre avec la douleur liée à ses blessures et le souvenir des derniers moments de vie de son ami. 

Nous avons reçu, à 3 h du matin, l’appel que tout parent ne veut jamais recevoir. C’était le chef adjoint du poste de police de Bruce qui nous informait que notre fils avait été dans une grave collision et nous disait de nous rendre tout de suite à l’hôpital.

Nous sommes arrivés à l’hôpital en même temps que l’ambulance, au moment où notre fils était transporté à l’intérieur. C’est une chose que jamais un parent ne devrait voir, et nous ne l’oublierons jamais. Lorsque le médecin est venu dans la salle d’attente, il nous a informés que le décès cérébral de Bruce était certain à 99,5 % et que nous devrions envisager un don d’organes.

Nous étions incapables de concevoir ce qui se passait! Notre fils avait seulement 26 ans; lui, un athlète de 6’2” et de 240 lb! Nous croyions que rien ne pouvait l’atteindre. Mais cela était arrivé.

Pendant la journée qui a suivi, il y a eu des hauts et des bas, de l’espoir, puis du désespoir. Il y a eu beaucoup de prières, de larmes et de supplications pour que Dieu nous accorde sa  miséricorde. Enfin, le médecin est venu dans la chambre pour nous dire qu’il avait signé le certificat de décès. C’était fini. Notre fils nous avait quittés.

Lorsque nous avons appris que le jeune conducteur qui avait causé la collision était apparemment en état d’ébriété, j’ai immédiatement pensé aux mères contre l’alcool au volant (MADD) Canada. De fait, pour l’heure, j’étais devenue une « mère contre l’alcool au volant ».

Ma vie semblait partir en vrille, sans que je contrôle quoi que ce soit. L’avenir, c’était pour moi un gouffre tout noir.

J’avais entendu parler de MADD Canada, et j’ai donc consulté leur site Web. Le site nous a donné des faits et des données statistiques et nous avons appris ce que les membres de MADD Canada faisaient. Nous avons aussi vu leur énoncé de mission : « mettre fin à la conduite avec facultés affaiblies et venir en aide aux victimes de ce crime de violence ».

Il s’agissait bien de notre cas. MADD Canada offrait du soutien, et il n’y avait qu’à les appeler.

Mes doigts tremblaient quand je les ai appelés pour la première fois. J’ai été en ligne avec Gloria et je lui ai dit que notre fils avait été tué par un conducteur en état d’ébriété, la semaine précédente. Elle m’a écoutée pendant que je lui ai tout raconté au sujet de Bruce; elle m’a encouragée et a offert de nous envoyer des documents par la poste, non seulement pour mon mari et moi, mais aussi pour nos filles majeures. Elle m’a mise en contact avec la section locale de MADD Canada. Elle m’a dit qu’ils nous accompagneraient à chaque étape du cheminement et cela s’est bien réalisé.

Si je regarde les cinq dernières années, je vois que ma vie a évolué. La douleur d’avoir perdu Bruce sera toujours là. Toutefois, MADD Canada m’a apporté l’aide, le soutien et les moyens pour continuer et faire en sorte que la vie de Bruce ait encore de l’importance. À titre de présidente nationale bénévole de MADD Canada, je représente un groupe qui travaille en équipe pour éduquer, informer et soutenir. Nous avons rencontré le premier ministre, les ministres de la Justice et des députés fédéraux et provinciaux locaux pour que nos lois contre la conduite en état d’ébriété soient renforcées. Nous faisons une présentation multimédia à 750 000 étudiants dans l’ensemble du pays pour les éduquer sur les répercussions de l’alcool au volant et les stratégies pour l’éviter. Nous faisons de très nombreuses entrevues et apparitions publiques pour la sensibilisation et le changement. De plus, nous rendons hommage à ceux qui ont été tués ou blessés par l’alcool au volant.

Je suis certaine que, sans MADD Canada, nous n’aurions peut-être pas survécu à notre perte. Je ne sais pas quelle personne je serais devenue, mais MADD Canada m’a donné les outils et la capacité de faire quelque chose de constructif et de combattre. Une chose dont j’avais désespérément besoin.

Ma fille dit que le temps que je consacre à MADD Canada est mon hommage à Bruce. Je crois que c’est le cadeau qu’il me fait.

Merci Bruce!

Margaret Miller
Présidente nationale bénévole
MADD Canada

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