La fondation DEVIN (« Diligently Ending Violence In Neighbourhoods »)

Imaginez que votre téléphone sonne à 23 h 20.

C’est l’heure précise à laquelle il a sonné, chez moi, le soir du 4 novembre 2002. Au bout du fil, il y a la voix pleine de panique de Travis, le meilleur ami de notre fils de 18 ans, Devin, qui m’annonce que Devin a reçu un coup et qu’une ambulance a été dépêchée sur les lieux de l’incident.

Cet appel a changé nos vies à jamais. Notre famille ne s’attendait pas à vivre un épisode de violence dans notre collectivité « sécuritaire ». J’ai très vite appris que la violence était une réalité à tous les niveaux de la société.

Je suis mariée à Brian depuis plus de 26 ans. Nous avons eu deux fils; l’aîné, Devin, est né en 1984, et le cadet, Jordan, est né en 1988. Devin fréquentait la St. Mary’s University, à Calgary, tout en travaillant à temps partiel au Rockyview General Hospital en tant qu’assistant en pharmacie. Il était très respecté et aimé de ses pairs et de ses collègues de travail. C’était un fils modèle.

Devin a reçu un coup de poing au cours d’une altercation, alors qu’il essayait de s’éloigner. Ce coup de poing lui a sectionné une artère du cou. Le lendemain matin, après avoir passé la nuit au chevet de Devin, qui n’a jamais repris connaissance, nous avons entendu les paroles tant redoutées par tout parent. On nous a dit que Devin n’avait aucune chance de survie et de guérison et qu’il fallait interrompre le maintien des fonctions vitales.

J’avais l’impression de vivre un film. Nous avons décidé de faire don des organes de Devin et il a ainsi sauvé la vie d’au moins cinq personnes dans les heures et les jours qui ont suivi son décès.

Les personnes dont c’est le travail de s’occuper des suites d’une tragédie comme la nôtre peuvent avoir des doutes sur les besoins des victimes. En tant que parents, notre besoin d’être informés, même de choses futiles, était impérieux, et les services d’aide aux victimes de Calgary y ont répondu.

Les services d’aide aux victimes sont immédiatement intervenus dans notre dossier et, au cours des neuf mois suivants, nous avons reçu bon nombre d’appels et de visites de leur part. La coordonnatrice du soutien pour les tribunaux, responsable de notre dossier auprès du service d’aide aux victimes de Calgary, a été ma seule consolation, mon ange gardien. Elle nous rencontrait, Brian et moi, quand cela nous convenait et elle est devenue le lien dont nous avions besoin. Elle nous a expliqué son rôle et les procédures judiciaires, elle a répondu aux questions sur ma comparution et elle a fixé un rendez-vous avec le procureur de la Couronne.

Le 22 novembre 2004, nous avons commencé à assister, ma famille et moi, au procès pour homicide involontaire coupable de l’accusé en l’espèce, procès qui a duré 10 jours. La coordonnatrice du soutien pour les tribunaux a, une fois de plus, été notre soutien indéfectible pendant toute la procédure. Elle se présentait au tribunal avec un autre bénévole. Nous n’étions jamais seuls, et leur aide a été très précieuse. Ces personnes étaient avec nous le jour où le verdict de « culpabilité » a été prononcé et elles y sont restées lorsque nous avons dû rencontrer les médias pour la première fois. Pour moi, depuis lors, les membres du personnel des services d’aide aux victimes de Calgary sont de véritables amis.

Depuis le décès de Devin, je me suis beaucoup consacrée à la création de la DEVIN Foundation. Le prénom de mon fils est l’acronyme de Diligently Ending Violence In Neighborhoods. Je consacre plusieurs jours par mois à parler à des jeunes de notre province et de l’ensemble du pays sur la manière dont une décision peut changer tant de vies. Je sens que, si je peux arriver à rejoindre un homme ou une femme et l’empêcher ainsi de lever le poing, j’aurai réussi, et peut-être qu’une autre famille ne sera pas déchirée par le décès d’un être cher.

J’ai aussi discuté avec bon nombre d’organismes sur qu’a été notre cheminement quand nous avons perdu Devin, puis au cours du procès et dans l’épreuve que cela a été pour la famille, avec les obstacles qu’il faut surmonter pour mener une vie saine et productive.

La perte d’un être cher, comme celle qu’a vécue notre famille, est une douleur qui ne s’en va pas. Les gens me demandent si ça va mieux maintenant, si je suis passée à autre chose. Six ans se sont écoulés depuis, et nous vivons toujours avec les conséquences de la mort de Devin. Brian, Jordan et moi avons appris à nous en sortir, mais le combat est quotidien. Devin me manque tellement.

Pour conclure, j’aimerais vous faire part de la liste des objectifs que Devin s’était fixés dans la vie. Nous avons découvert cette liste peu de temps après son décès. Je le fais dans l’espoir qu’elle vous donne une idée du jeune homme qu’il était et pour vous donner un peu matière à réflexion. Dans ce monde difficile, et lorsque je lutte, je me penche sur la liste de Devin, et elle m’aide. Cette liste était datée d’octobre 2002. Lorsque j’ai trouvé ce vieux carnet sous son lit, ça m’a fait pleinement comprendre qui il était et à être fière du jeune homme que nous avions élevé. Elle était simplement intitulée comme suit :

 Ma liste :

  1. Faire plus d’exercice
  2. Me définir
  3. Améliorer ma capacité cardio-vasculaire
  4. Enrichir mon esprit
  5. Travailler à ma pleine capacité dans tout, y compris à l’école et au travail; fini le laisser-aller
  6. Prendre le temps de réfléchir
  7. Écrire davantage
  8. Être plus réaliste
  9. Prendre chaque chose pour ce qu’elle est, sans poser de jugement
  10. Faire de la recherche sur la vie, dans tous ses aspects : la religion, le destin, l’histoire
  11. Le passé est le passé; se rappeler qu’il ne peut pas nous faire de mal
  12. M’autodiscipliner
  13. Trouver mon rêve
  14. Devenir l’homme que je devrais être.

Karen Venables
Victime

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