Travailler avec les victimes autochtones d'actes criminels par Connie Gould

Préambule

En 2008, le ministère de la Justice de la Nouvelle-Écosse a reçu une subvention du Fonds d'aide aux victimes du ministère de la Justice fédéral dans le but de compléter un projet de quatre ans visant à mieux répondre aux besoins des victimes autochtones d'actes criminels. Le but du projet était de réduire le risque que les victimes autochtones vivent un nouveau traumatisme au cours du processus judiciaire, ainsi que de faciliter la guérison de la victime et de la collectivité. Dans le cadre du projet, du matériel promotionnel adapté à la culture – comme des médailles, des affiches et des brochures – a été créé à des fins de distribution.

Le témoignage suivant a été rédigé par Connie Gould, qui était chargée d'offrir des services et de distribuer du matériel de promotion à la Première nation Eskasoni. Cette dernière est la plus grande collectivité micmaque à l'est de Montréal; elle compte plus de 3 800 habitants.

Lorsque je travaille avec des victimes autochtones d'actes criminels, à titre d'agente des services d'aide aux victimes autochtones, j'ai l'honneur et le privilège d'offrir la médaille à mes clients qui doivent témoigner ou aller en cour. À mon sens, la médaille représente notre mode de vie, notre spiritualité et nos croyances autochtones ainsi que notre identité en tant que peuple autochtone. Lorsque je présente la médaille à une victime d'acte criminel avec laquelle je travaille, je suis excitée de partager l'histoire de la médaille. Je dis à mes clients que, selon moi, la médaille remplit une fonction spéciale dans leur parcours dans le processus judiciaire. Je leur dis également que pour ceux qui croient en elle, la médaille possède des pouvoirs spéciaux. Elle rend les gens forts et courageux; elle leur rend honneur et les guérit. Elle contient les enseignements de nos ancêtres et notre vision du monde, et elle tranquillise l'âme.

Le concept de la médaille a deux volets. Sur un des côtés de la médaille, on trouve les mots suivants :

  • VÉRITÉ (KETLOWOQN)
    Courage (melkita'mk)
    Honneur (kepmitetaqn)
    GUÉRISON (NEPISIMK)

La médaille a été conçue par Kathy Denny, une artiste micmaque réputée de la nation Eskasoni. À la suite de consultations, plusieurs victimes autochtones d'actes criminels membres de la collectivité ont demandé à ce que les mots ci-dessus soient inscrits sur la médaille. Kathy a ensuite tenté de trouver des animaux pouvant représenter ces mots et elle a présenté le fruit de ses recherches aux victimes. Ces dernières ont aimé l'idée que les mots soient représentés par des animaux. Selon Kathy, cette représentation fait partie de l'identité micmaque et de notre vision du monde.

Ainsi, de l'autre côté de la médaille, on trouve la tête d'animaux qui représentent les quatre couleurs sacrées, les quatre directions, les quatre races, les quatre étapes de la vie et les quatre saisons. À l'est se lève le soleil, promesse d'un nouveau début; la vie naît et le printemps commence. Le guide spirituel est l'aigle et la couleur est le blanc. Au sud, la deuxième étape de la vie est le début de l'âge adulte et l'adolescence. C'est l'été; la couleur est le jaune et le guide spirituel est le couguar. À l'ouest, la saison est l'automne et la couleur est le rouge. L'étape de la vie est celle de l'adulte âgé et le guide spirituel est le bison. Au nord, la saison est l'hiver et l'étape de la vie est celle de l'aîné. La couleur est le bleu et le guide spirituel est l'ours. Les images des animaux représentent notre lien avec la Terre mère et ses créations, qui nous guident tout au long de notre vie. L'étoile à huit pointes symbolise le soleil et notre lien avec notre spiritualité. Le soleil nous donne la lumière; il se lève à l'est et se couche à l'ouest. L'étoile à huit pointes qui figure sur la médaille est violette, couleur des victimes d'actes criminels.

Les mots « vérité » , « courage » , « honneur » et « guérison » ont été choisis parce qu'ils permettent d'exprimer aux victimes que nous reconnaissons leur courage. Ils permettent également de laisser savoir aux victimes que la vérité de leurs paroles a été entendue. C'est une façon de dire aux victimes qu'on reconnaît qu'elles ont agi avec honneur et que l'on espère qu'elles pourront guérir de leur expérience. Cependant, la médaille a principalement été créée pour la simple raison que chaque victime qui s'affirme, qui témoigne et qui passe par le processus judiciaire mérite de recevoir une médaille pour le courage dont il faut faire preuve pour porter plainte et pour faire face au processus judiciaire.

Des clients parlent de la médaille…

« La médaille m'a montré que je comptais; elle m'a donné le courage de prendre la parole; j'avais l'impression d'avoir une amie à mes côtés. Quand je la regardais, j'étais heureux et non triste; je me sentais en paix. Je savais que ce qui est arrivé n'était pas ma faute et elle m'a permis de me concentrer sur les choses que j'avais à dire et auxquelles je devais penser pendant le procès. Elle était à mes côtés et elle m'a beaucoup aidé. Sans la médaille, je ne pense pas que j'aurais pu parler. »

« Pendant tout mon témoignage, je serrais la médaille dans ma main et elle m'a beaucoup aidée. Je la garde dans ma poche pour me protéger et pour me rappeler le courage qu'elle me donne. Merci beaucoup. »

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